lundi 23 juin 2014

"Quand elle se sentait triste, elle prenait sa voiture pour aller loin de Prague se promener dans un de ses cimetières préférés."


Marina dit/


























Anne dit/ 



-Allez-y, continuez.

-Enfant, j’étais fascinée par les cimetières. Plus précisément, par toutes ces plaques qu’on y trouvait. Les dédicaces d’amour éternel, les dates de naissance et de mort. Mourir à dix-sept ou à quarante-trois ans. Ces inconnus, couronnés de fleurs, pleurés, figés dans le temps, me donnaient l’impression d’être éternels. Éternels et supérieurs. Comme si la mort leur avait fait gagner des galons, un prestige que les vivants n’avaient pas.

-Oui ?

-Oui… Et j’imaginais les circonstances tragiques : comment celui-là avait pu mourir à vingt ans et celle-ci à six mois. Ça me semblait inouï, irréel… J’imaginais le déchirement des familles, des amis. Et je sentais presque de l’admiration.
Avoir franchi ce pas irréversible, en faisait des êtres d’exception.
Moi, je me sentais beaucoup moins intéressante.

-Et plus tard ?

-Adolescente, la conscience de ma disparation qui viendrait tôt ou tard m’a clouée au sol. Ne plus sentir, ne plus être de ce monde, ne plus goûter l’air frais dans mes cheveux, le soleil sur ma peau, l’amour dans mon cœur. Ne plus entendre les chuchotements, les cris, les rires. Ne plus être là pour voir et être vue. Disparaître comme dans un gouffre sans fond, une chute sans atterrissage, quitter tous les miens sans l’espoir des retrouvailles. Cette mort-là a assassiné mon goût de vivre,  je ne sentais plus rien.

-Vous ne sentiez plus rien ?

-Plus d’émotions, plus d’opinions. Je me souviens autour de moi, les gens qui riaient ou qui pleuraient, ils avaient l’air si spontanés, si vivants, et moi si loin. Je ne savais même plus ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas. Et puis c’est revenu, doucement…
Quand j’ai mis mes enfants au monde, j’ai eu l’impression de toucher la mort du doigt. Tous ces changements, tous ces deuils, être enceinte, ne plus l’être, mon bébé qui respire, la peur qu’il meure, savoir que oui, il mourra, le refuser bien-sûr, en trembler d’horreur. Et puis, savoir que je vais les quitter un jour, ne pas voir le bout de leur chemin, les lâcher.  Toute leur enfance, les couver et ouvrir les portes, les aimer et qu’ils soient libres.
Tout ça, c’est un peu bête à dire…

-Vous pouvez parler librement, allez-y…

-Et bien, leurs odeurs, les heures peau à peau, les voir se mettre debout, comme ils me paraissaient immenses tout à coup, beaucoup trop grands…
Les premiers jours d’école, les premières séparations, mes seins débordants de lait, les premières vacances sans eux, leur hâte de souffler la prochaine bougie, leur élan, leur soif, la mère de leur copain mieux que moi, mon réconfort de les voir conquérir le monde, ma peur d’oublier leurs premiers mots…
Mon cœur serré à l’idée de toute cette vie à vivre, les épreuves, les coups durs…

-Oui. Toutes ces séparations…

-Et maintenant, ma fille enceinte, ma fille grande, elle a l’air si heureuse, et moi qui ne suis qu’angoisse, j’ai peur pour elle, j’ai peur pour le bébé, pour  l’accouchement, pour après. J’ai peur pour tout !
La vie arrive, et moi j’ai peur.
Vous pensez que vous pouvez m’aider ?

-Je peux vous accompagner, ça oui…
En tous cas, je vous rassure tout de suite, je n’ai pas de remède contre la mort.


--
Le titre du billet est notre citation inspiratrice, extraite de L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera.

Rappel : nous vous invitons à nouveau sur le blog, 
autour du thème "ENTENDRE"
Nous accueillons vos créations à cette adresse : lunedit9h13@gmail.com, 
jusqu'au jeudi 26 juin, minuit dernier délai !
Publication le lundi 30 juin, à 9h13.

lundi 16 juin 2014

"Tu travailles à frapper dans le dos ceux qui t'ont aimé, qui t'ont protégé, qui t'ont veillé jour après jour."


Anne dit/

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Marina dit/




Le titre du billet est notre citation inspiratrice, extraite de Mon traître de Sorj Chalendon.
Petit rappel : nous vous invitons à nouveau sur le blog, autour du thème "ENTENDRE". Nous accueillons vos créations à cette adresse : lunedit9h13@gmail.com, jusqu'au jeudi 26 juin, minuit dernier délai !

lundi 9 juin 2014

"Elle lui avait donc rempli une tasse et, portant le liquide brun foncé aux lèvres, il avait dû prendre sur lui pour ne pas le recracher en mille gouttelettes sur les piles de courrier - car ce n'était pas du café du tout, mais, surprise écœurante à cette heure de la journée, du bouillon de bœuf."


Marina dit/














Anne dit/ 



Face à la page blanche, son cerveau fulminait. Lui revenaient en mémoire les mois de travail, les yeux qui piquent à trois heures du matin, l’envie irrésistible de plonger dans son lit, et la pression qui lui opprimait la poitrine. Réussir, réussir, réussir.
Les mots, répétés, les livres, relus, l’entraînement, en groupe, et les heures solitaires en espérant être le meilleur, gagner des points, gagner, prouver, leur prouver, arracher la victoire, la dévorer.

Les visages de son père, de ses oncles, et même de son grand-père mort depuis longtemps se confondaient dans sa tête, leurs attitudes, la fumée de leurs cigares, la matière de leurs serviettes en cuir. Les regards froncés, le mépris pour l’excentricité, la droite ligne de l’honneur, le luxe de l’intelligence, la honte de l’approximation. L’évidente appartenance. Et lui. Se sentir bête dans un costume noir, hésiter devant les mots, trembler en fumant, imiter vaguement, y croire complètement finalement.

Il se sentit soudain minuscule, et cette page comme une montagne qu’il n’était plus sur de vouloir gravir. Vingt ans en arrière, les fourmis dans les pieds, l’odeur de la montagne la nuit, la baguette qui craque au petit-déjeuner, la confiture qui colle au bout du doigt, le goût de fraise, le cœur qui bat de la randonnée promise et qui va débuter là dans quelques minutes, la chasse aux bêtes minuscules, son vieux livre où séchaient les fleurs, butin merveilleux. Son corps de petit garçon, réveillé, plein, curieux, tendu vers ce monde à conquérir, une gourmandise sans fin. Où es-tu passé ?


Les minutes filaient. Alentour les visages tendus, les mains qui courent sur les feuilles, les brouillons empilés, l’efficacité. L’angoisse battait douloureusement dans sa poitrine, la douleur de la désobéissance, la peur de perdre, presque pas d’espoir d’être soulagé. Les phrases entendues qui martèlent le front, comme elles ont martelée l’âme.


 Sois raisonnable. Et la musique, c’est un très bon loisir dans la vie d’un homme d’affaire. Tu sais, presque personne n’en vit. Ou alors il faut être excellent. Attention, là nous parlons de perfection, pas d’être doué pour aligner trois notes…

Il se souvint de ce concert de harpe dans l’église du village, et des larmes qui l’avaient tant surpris et qu’il avait dissimulées aussitôt. Il se souvint de son émotion à la chorale de l’école d’entendre deux voix se séparer et s’unir, comme si la beauté naissait devant lui. Il se souvint de la sensation des touches noires et blanches sous ses doigts et de l’impression de posséder le monde et le secret de Dieu.


Mesdames, messieurs, il vous reste quinze minutes avant de rendre votre copie.


Comme un enfant qui joue, il attrapa le stylo plume, cadeau de son père. J’ai réussi le concours avec, avait-il dit.


Il fit tourner la plume comme une toupie, pour la briser subitement, presque par mégarde. Un jet d’encre traversa la page. Il vit la fusée d’un feu d’artifice.


Le titre du billet est notre citation inspiratrice, extraite de Dolce agonia de Nancy Huston.

vendredi 6 juin 2014

Invitation à créer #02

Ça a été un grand plaisir de découvrir et partager vos créations
lors de la première édition de notre "invitation à créer"
(pour voir la proposition, c'est par ici; le résultat, c'est par ) !

On recommence !

Deuxième proposition,
d'un cycle sur les cinq sens :


"Entendre"

C'est le thème, vous choisissez la forme !

Nous accueillons vos créations à cette adresse : lunedit9h13@gmail.com,
jusqu'au jeudi 26 juin, minuit dernier délai, 
pour une publication le lundi 30 juin, à 9h13 !

Images en .jpeg, textes en .doc.
Et précisez-nous le nom d'auteur que vous souhaitez faire apparaitre
et un lien éventuel vers votre blog ou site !

Ce billet marquera le début des vacances pour le blog.

On vous espère nombreux !

Anne et Marina

lundi 2 juin 2014

VOIR

Cette semaine,
notre billet hebdomadaire accueille,
en plus des nôtres,
les créations de celles et ceux
qui ont répondu
à notre invitation à créer,
sur le thème "VOIR".
Plaisir !


Carole dit/

Voir...
Observer, discerner, distinguer, apprécier et partager la beauté du quotidien.





Claire S. dit/



Luciana dit/


HISTOIRES DE VOIR

C’est un JEUX  de voir…

Voir …un peu plus loin

Voir …un peu plus clair

Voir…en face

Voir …entours

Voir …à côtés

Ne Voir  rien…

Peut-être aussi intéressant !

Attention !  C’est une option !

Voir la nuit…Voir le jour

Et pourquoi ne pas voir demain ?

Voir ensemble…voir tout seul…

Voir d’ici…Voir de là-bas…

Ce n’est jamais trop tard !

Voir…en avant

Voir… en arrière     

Voir…plus bas

Voir… plus haut

C’est  toujours un plaisir de pouvoir choisir… !

A vous de voir

Ou de ne pas voir de tout… !

Tout cela n’a rien à voir avec moi !


Marine dit/

"Regard nonchalant d'une femme en terre sur une rue en vie"









mb dit/ 

Perchée sur un toit de Paris avec un charmant jeune homme, je fixe la lune, ronde et pleine dans le ciel noir du mois de juin. J’ai 17 ans. J’espère beaucoup de cette soirée avec lui… Entre deux conversations, je lui demande si lui aussi voit une sorte de halo autour de la lune… Après un moment, il me tend ses petites lunettes rectangulaires. Je les chausse et tout à coup, je découvre avec stupéfaction que le halo disparaît. Je vois l’astre plus net que jamais, jusque dans les moindres détails. Et je réalise ce qui m’arrive. Oui j’ai bu trop de vin… Oui je suis amoureuse… Mais Oui je suis myope !  

Nora dit/



Anne M dit/

... et je le fais

La pluie transforme notre champ en rizière
L’amandier penche dans le vent
Mazette, noire et blanche, découvre la neige
La lumière de La Redounière résiste à la nuit sur la colline d’en face
La lune est encore là
Le château est caché par la brume
Le cerisier blanc fleurit
Le poulain nouveau-né pionce de tout son être, étalé dans le pré 
La falaise est rose fluo
Les bouteilles de la grillade d’hier sont restées sur la terrasse 
Le chat noir se tapit dans l’herbe derrière le chat rayé 
Les cerises sont presque rouges


Je veux me brosser les dents tous les matins devant une fenêtre ouverte


Rhizlaine et LMJoleisa disent/



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Voir Apercevoir Concevoir Savoir Devoir Recevoir Pleuvoir Entrapercevoir  Pouvoir Redevoir Pourvoir Emouvoir Percevoir Mouvoir Avoir Décevoir… 
Le dimanche 25 Mai 2014, la France, les français, enfin les votants, mettaient en tête des élections européennes le FN…
Je n’aurai jamais cru voir ça !!
J’ai toujours cru qu’il resterait un parti qui ferait des scores semblables à ceux d’ Arlette Laguiller – bien que je trouve qu’il soit plus sain de voter AL que FN.
C’est la honte, j’ai honte…
J’en veux plus aux femmes et aux hommes politiques qui se foutent de la gueule du peuple depuis si longtemps, que des gens désabusés –mais pas bien intelligents j’en conviens - qui viennent de mettre à 25% le FN.
J’ai entendu le discours de Marine Le P. dimanche soir, derrière elle une affiche « Premier parti de France » no comment. Sur son visage je lisais son incrédulité, mais aussi sa peur, elle ne sait pas gouverner, son parti n’est pas fait pour gouverner, ils ne savent pas faire.
La France est en danger, le désarroi des gens leurs font faire n’importe quoi !
Il est urgent que l’éthique, le bon sens et l’humanité refassent surface à gauche mais aussi à droite.
Je souhaite que  voter soit obligatoire, un devoir de chaque citoyen et que les votes blancs soient pris en compte.


 
 Cécile dit/





















M. dit/

Il ferme les yeux.

Silence absolu. Quelques bruits de pas. Sensation d'une proximité.
Quelqu'un s'assied non loin sur le même banc. Un homme? Cette femme croisée aux repas? Silence de nouveau. Et cette présence.

Il se recentre, sa respiration se fait plus ample, et il se laisse aller au voyage des pensées. Il nomme intérieurement les êtres chers, et viennent des souvenirs précis,  des paroles d'enfants, des blessures de grands, des envies de refaire autrement, des envies de bonheur. Il entrevoit des possibles, des réparations, des espérances. Les blessures et sa capacité, son désir d'aimer se font face à face. C'est un volcan bouillonnant à l'intérieur.  Le silence est le cocon paisible qui l'enveloppe et le protège.

Bruissement de vêtements, mouvement perceptible des corps autours de lui. Il se lève aussi, et son regard se pose sur les moines qui entonnent l'office du matin.



Anne dit/ 



Marina dit/